Le tourisme en Syrie ne se limite pas aux souks et aux sites antiques : le pays compte aussi des forêts de montagne, des réserves naturelles et des cascades que peu de voyageurs français connaissent. Voici cinq lieux naturels syriens, du littoral jusqu’à l’extrême sud, et ce qu’on y fait concrètement.
La réserve de sapins et de cèdres de Slunfeh

À l’est de Lattaquié, à environ 50 km du littoral, la réserve de cèdres et de sapins occupe la région de Slunfeh. C’est l’une des plus grandes réserves naturelles de Syrie, et l’une des plus diversifiées.
Elle s’étage de 1 000 à 1 500 mètres d’altitude, ce qui explique la variété de sa flore et de sa faune. On y trouve l’une des plus vastes forêts de sapins et de cèdres du pays : c’est de ces montagnes que venait le bois des navires phéniciens qui sillonnaient le monde antique.
Des dizaines d’hébergements sont répartis autour de la réserve et dans les villages voisins. Vous pouvez donc envisager un séjour de plusieurs jours sur place, et pas seulement une halte d’une demi-journée.
L’activité la plus intéressante ici reste la longue marche à travers la forêt : les détails de la réserve ne se laissent pas résumer en une photo. Prévoyez du temps, car on ne quitte pas facilement le cœur de la forêt. Les amateurs de nature peuvent aussi y camper.
Sur le versant est de la réserve, vous aurez l’un des plus beaux points de vue de Syrie : la plaine du Ghab s’étend en contrebas comme un patchwork de cultures, et le regard porte jusqu’à l’horizon. Seule la brume hivernale, quand elle avale la plaine, vient limiter la vue.
La forêt d’al-Mawla Hassan, à Qadmous

La forêt d’al-Mawla Hassan se trouve à environ 60 km de Tartous, au sommet de la montagne, sur un site qui domine de larges portions du littoral syrien. À Qadmous, cette forêt de cèdres, de pins et de châtaigniers est une destination idéale pour vivre au plus près de la nature.
En son centre se dresse un petit sanctuaire ancien, qui a donné son nom à la forêt. À l’entrée, le camp écologique rassemble des cabanes en bois, construites avec le bois de la forêt elle-même et conçues pour accueillir les visiteurs, les groupes de campeurs et celles et ceux qui aiment dormir dehors.
La forêt se distingue par sa pente très raide et par la hauteur inhabituelle de ses arbres, ce qui donne au visiteur un paysage proche des forêts suisses — surtout en hiver, quand la neige recouvre les branches.
Si vous venez en automne, goûtez aux châtaignes : c’est le produit emblématique d’al-Mawla Hassan. Et prévoyez des vêtements chauds : ici, la chaleur est interdite de séjour depuis longtemps.
Les forêts de Frounloq

À l’extrême nord de Lattaquié, sur la frontière syro-turque, les forêts de Frounloq sont restées discrètes. La forêt est à environ 40 km de la ville de Lattaquié et la route qui y mène est en bon état. Plusieurs villages l’entourent, chacun rivalisant d’une belle vue et d’un accueil généreux.
C’est l’une des plus grandes forêts naturelles de Syrie, et elle abrite encore des centaines d’espèces végétales et animales locales : chêne vert, pin, chêne. On y croise beaucoup d’écureuils et d’oiseaux, qui donnent à la forêt son atmosphère particulière, ainsi que, plus rarement, d’autres animaux sauvages et des espèces végétales et des champignons rares. Mais ce qui distingue le plus Frounloq, c’est l’abondance de ses sources, qui en fait une occasion rare pour les amoureux de la nature et du calme : on y passe des heures à l’ombre des arbres, en tête-à-tête avec la forêt, jusqu’à oublier que le temps passe.
Les meilleures activités sur place sont la randonnée en montagne au cœur de la forêt et le camping. Plusieurs points d’accueil bien équipés ont ouvert récemment pour les voyageurs, les randonneurs et les amateurs de nature, et des marches sont organisées régulièrement par des équipes bénévoles et des groupes de passionnés.
La forêt de Dahr al-Qoussair

À mi-chemin entre Homs et Tartous, une vaste forêt de pins, de cyprès, de chênes verts et de châtaigniers court le long de la montagne : ce sont ces essences qui donnent à la forêt ses couleurs d’automne si particulières.
Dahr al-Qoussair est considérée comme l’une des plus belles forêts de Syrie. Son principal atout : la proximité de zones habitées très actives sur le plan touristique et des grands axes routiers, tout en gardant son caractère d’oasis tranquille, à l’écart du bruit et de l’agitation.
On vient ici voler quelques heures de calme, ou vivre l’expérience du « sayran », le pique-nique syrien en pleine nature, sans y consacrer une journée entière ni prévoir d’équipement particulier. Avec sa position médiane entre Tartous, Homs et Hama, et les services installés dans la forêt et autour, Dahr al-Qoussair offre une échappée dans la nature sans occuper tout le programme du voyage.
Les cascades de Tal Shihab

Loin des forêts, à l’extrême sud de la Syrie et à environ 17 km à l’ouest de la ville de Deraa, les cascades de Tal Shihab se jettent du haut de l’escarpement et composent le plus beau paysage du gouvernorat de Deraa, tout près de la frontière syro-jordanienne.
L’eau des cascades de Tal Shihab descend des abords du village de Tal Shihab et plonge dans la vallée du Yarmouk, qu’elle irrigue sur toute sa longueur, le long de la frontière.
Dans une région du Hauran faite de plaines agricoles, la vallée du Yarmouk fait figure d’exception. Au-delà de la singularité de la vallée et du spectacle de la chute d’eau, c’est le tableau dessiné par l’eau elle-même qui frappe : la vallée s’est transformée en un jardin d’une grande beauté, caché des regards.
La vallée a longtemps joué un rôle économique important pour toute la région, et les cascades faisaient tourner les anciens moulins à eau. La zone est donc riche en vestiges de toutes les civilisations qui s’y sont succédé, le plus notable étant le pont encore debout aujourd’hui, avec les restes des moulins. De tout cela, ce qui subsiste surtout, c’est la beauté des cascades quand elles coulent à plein.
Si vous voulez changer des forêts, allez donc voir la vallée du Yarmouk et les cascades de Tal Shihab. Et retenez que la meilleure saison est le printemps, quand la terre explose de couleurs et que les chutes offrent leur plus beau débit.




