Musées de Syrie : Damas, Alep et les cités antiques

Du musée national de Damas au musée d'Alep, en passant par le palais Azem, Palmyre, Bosra, Apamée et Amrit : les musées et cités antiques à voir en Syrie.

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Le musée national de Damas réunit à lui seul de quoi occuper une journée : la façade d’un palais omeyyade transportée pierre par pierre, le plus ancien alphabet du monde, les bustes funéraires de Palmyre. Mais ce n’est qu’une porte d’entrée. La Syrie est l’un des plus anciens foyers de peuplement humain, un carrefour de routes et un champ d’affrontement entre empires ; son histoire s’étend sur des milliers d’années et des dizaines de civilisations et de peuples s’y sont succédé. Toutes les religions monothéistes y sont passées. Rien d’étonnant, donc, à ce qu’on y trouve des dizaines de musées et de sites archéologiques : il n’y a pratiquement pas un empan du territoire syrien sans vestige ni trace d’une civilisation.

Nous commençons par les musées, puis nous passons aux cités antiques qui les prolongent — ces sites qui sont eux-mêmes des musées à ciel ouvert.

Les meilleurs musées de Syrie

Aucune ville syrienne n’est dépourvue de musée, tant les pièces à exposer sont nombreuses : il existe un musée principal dans à peu près chaque grande ville, ainsi que des musées plus petits sur les sites archéologiques.

Le musée national de Damas

La façade du musée national de Damas, reprise du palais de Qasr al-Hayr al-Gharbi

C’est le plus grand musée de Syrie et le doyen des musées du pays. Il se trouve au cœur de Damas, au bord du Barada, et compte parmi les plus remarquables et les plus anciens. Il s’étend sur une vaste surface, en majorité occupée par un jardin extérieur où sont réparties des sculptures de périodes diverses de l’histoire syrienne. Le plus frappant, au musée de Damas, reste sa façade : celle d’un grand palais de l’histoire syrienne, Qasr al-Hayr al-Gharbi, construit à l’époque omeyyade au milieu du désert syrien, puis transféré au musée de Damas pour le préserver.

À l’intérieur, le musée se divise en quatre sections principales. La première est consacrée aux antiquités préhistoriques et rassemble les traces des premiers hommes en Syrie. La deuxième, celle des antiquités de la Syrie orientale ancienne, couvre la période allant de l’apparition de l’écriture à l’arrivée d’Alexandre le Grand en Syrie ; on y trouve les chefs-d’œuvre de l’ancienne civilisation cananéenne mis au jour à Ougarit, et surtout l’alphabet découvert au nord de Lattaquié, le plus ancien du monde. C’est ici que vous voyez la première lettre.

La section des antiquités classiques réunit un grand nombre de pièces découvertes en Syrie et datant des périodes grecque, romaine et byzantine. Elle contient aussi les antiquités palmyréniennes, dont les plus notables sont les bustes funéraires et le mode de sépulture propre à Palmyre.

Vient ensuite la section des antiquités arabo-islamiques, qui abrite, outre les objets habituels, une importante collection de manuscrits remarquables, de différentes périodes de l’époque islamique en Syrie.

La dernière section est consacrée à l’art moderne : sculptures, tableaux et créations d’artistes contemporains qui ont marqué l’art syrien.

Pour qui s’intéresse à l’histoire syrienne, la visite du musée national de Damas est un passage obligé.

Le palais Azem

La cour du palais Azem, dans la vieille ville de Damas

Le palais Azem fait partie des musées thématiques les plus intéressants de Syrie. Il se trouve au cœur de la vieille ville de Damas et a été construit comme résidence du gouverneur de Damas, avant d’être transformé à l’époque moderne en musée où le bâtiment lui-même est la pièce maîtresse. Ses différentes sections présentent des objets, des antiquités et des armes de plusieurs périodes, mais sa particularité tient à ses mannequins de cire grandeur nature, qui reconstituent des scènes de la vie quotidienne à Damas à la fin du XIXe siècle.

Une scène de la vie damascène du XIXe siècle reconstituée au palais Azem

Vous pouvez circuler d’une partie du palais à l’autre et observer des scènes réalistes de la vie à Damas, organisées selon la distribution architecturale d’origine : les figures féminines dans la section du haramlek, les scènes de service domestique dans celle du salamlek. Chaque nouvelle salle présente une scène différente, jusqu’aux vêtements quotidiens de l’époque.

Le bimaristan Nouri

La cour du bimaristan Nouri, musée des sciences médicales à Damas

Le bimaristan Nouri se trouve au cœur de la vieille ville de Damas. Il a été construit sous Nour ad-Din Zengi comme hôpital pour les pauvres, avant de devenir l’un des établissements médicaux les plus importants de son temps.

Le bâtiment d’origine suit le plan des maisons damascènes traditionnelles : une ouverture sur le ciel et un bassin au milieu de la cour, qui laissent entrer le soleil et l’air et apportent aux malades un apaisement.

À l’époque moderne, le bimaristan Nouri est devenu un musée consacré aux sciences médicales et à l’histoire de la médecine et de la pharmacie au Levant. Il comprend une salle dédiée aux sciences et à leur évolution, une salle de médecine et de son histoire, une autre pour la pharmacie, les remèdes, leurs modes d’extraction et leurs progrès, ainsi qu’une salle réservée aux animaux empaillés qui servaient à la dissection.

Le musée d’Alep

L'entrée du musée national d'Alep et ses statues de Tell Halaf

Le musée d’Alep constitue une archive documentaire importante pour Alep et sa région, et l’un des meilleurs musées de Syrie.

Il se trouve au centre de la ville et se divise, dans sa forme, en plusieurs sections comparables à celles du musée national de Damas. Mais la particularité du musée d’Alep est que les pièces exposées sont toutes d’origine syrienne.

Le musée présente des objets archéologiques de différentes périodes : la préhistoire et les premiers hommes installés sur les rives de l’Euphrate, les débuts de l’agriculture, puis les grands royaumes voisins d’Alep, d’Ebla à Mari, jusqu’aux vestiges des époques grecque, romaine et byzantine, et une section islamique avec ses pièces remarquables.

Le musée se distingue par une façade saisissante, composée de statues d’animaux surmontées de trois statues d’hommes : elle formait la façade du temple ou du palais de Tell Halaf et date du Xe siècle avant notre ère.

Le musée d’Alep, c’est la civilisation syrienne résumée en un seul lieu.

Les cités antiques

Palmyre

La rue à colonnes de Palmyre, au milieu du désert syrien

Palmyre est l’un des sites archéologiques les plus marquants de Syrie et l’emblème de son tourisme. Elle se trouve au cœur du désert syrien, à environ 140 km à l’est de Homs, près d’une oasis sur l’ancienne route des caravanes.

Palmyre doit sa renommée mondiale à l’époque de l’Empire romain, quand la cité s’est émancipée de la tutelle de Rome sous la conduite de sa reine Zénobie et s’est étendue jusqu’à contrôler Alexandrie, avant de tomber au terme d’une bataille qui s’acheva par la capture de la reine.

La cité antique de Palmyre s’étend sur une vaste surface qui forme à elle seule un musée vivant : la zone est couverte de colonnes romaines et de temples anciens, ainsi que des tours funéraires caractéristiques de Palmyre et de centaines de statues. Une citadelle voisine, au sommet d’une montagne, servait à la défense de la ville.

La visite de Palmyre est un élément essentiel de tout voyage consacré aux antiquités syriennes, en particulier la rue à colonnes, l’arc de triomphe et le temple de Bêl.

Bosra

Le théâtre romain de Bosra, enserré dans une citadelle de basalte noir

À l’extrême sud de la Syrie, une citadelle de style islamique s’élève autour d’un théâtre romain antique — un assemblage qu’on ne trouve qu’en Syrie.

Nous sommes à Bosra, une ville qui a gardé sa vitalité depuis des milliers d’années : on y marche aujourd’hui sur des voies tracées par les ingénieurs romains.

Bosra se trouve à environ 40 km à l’est de Deraa, sur la frontière syro-jordanienne. Elle se distingue par sa pierre de basalte noire, qui a fait de ses bâtiments des forteresses résistantes au temps.

La ville fut l’une des grandes métropoles romaines et son théâtre antique peut accueillir plus de cent mille spectateurs. Il se signale aussi par un système acoustique unique, qui porte le son de la scène jusqu’aux gradins sans aucune amplification — une belle démonstration du savoir-faire des ingénieurs de l’Antiquité.

À l’époque islamique, une grande citadelle a été bâtie autour du théâtre romain, ce qui donne un résultat final étonnant : des voies dallées et des bâtiments anciens entourent l’ensemble, les inscriptions et les statues y sont partout, et la ville dégage une impression de majesté archéologique tout en restant vivante, la vie quotidienne s’y poursuivant depuis plus de deux mille ans.

Apamée

La grande rue à colonnes d'Apamée, dans la plaine du Ghab

Dans la plaine syrienne du Ghab se trouve une cité antique oubliée mais qui ne cède en importance à aucune des précédentes : Apamée, fondée par le général romain Séleucos Ier Nicator en 300 avant notre ère, et nommée ainsi en l’honneur de son épouse, Apama.

La ville se trouve aujourd’hui à 60 km au nord de Hama. Elle occupe un site de plaine près de la citadelle de Qalaat al-Moudiq et doit sa réputation à sa longue rue de 1 850 mètres, bordée de part et d’autre de colonnes sculptées d’une grande finesse. On y trouve d’autres vestiges — le théâtre, le palais, quelques églises — et surtout un grand nombre de mosaïques mises au jour sur place.

Apamée vaut largement le détour : c’est une ville complète et oubliée, entourée d’une campagne très belle, en particulier au printemps.

Amrit

Le temple phénicien taillé dans le roc à Amrit, au sud de Tartous

Sur le littoral syrien, près du rivage méditerranéen, à environ 7 km au sud de Tartous, se trouve la seule cité phénicienne qui subsiste comme témoignage intact de cette civilisation : les civilisations suivantes n’ont pas bâti sur ses ruines.

Amrit contient un grand nombre de vestiges notables. Le plus important est son stade, le premier du genre au monde, antérieur aux stades grecs comparables. La cité abrite aussi un temple phénicien taillé dans le roc et de nombreuses sépultures royales caractéristiques, appelées les « fuseaux ».

Amrit mérite la visite de quiconque s’intéresse aux civilisations oubliées de la côte syrienne. Elle se combine facilement avec une étape à Tartous, et le musée de Lattaquié complète la visite si vous remontez vers Lattaquié et Ougarit.

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